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Je m’appelle Sama Sarki Moussa. Je suis agent de santé communautaire et étudiant basé à Niamey au centre de santé nouveaux marchés, au Niger. Je suis titulaire du baccalauréat et d’un certificat en animation et santé communautaire, notamment en nutrition et en vaccination, je travaille à renforcer l’accès aux soins primaires et la couverture vaccinale dans les quartiers du commune 3 de Niamey urbains et périurbains. Je suis chargé de la vaccination et de la supervision de proximité au Centre de santé du Nouveau Marché. Je collabore avec les centres de santé communautaires pour lutter contre les maladies infectieuses et la désinformation, tout en formant et en accompagnant les relais communautaires du quartier. Mon engagement vise à améliorer la santé des populations les plus vulnérables.
Mon rôle principal est d’appuyer les campagnes de vaccination, de sensibiliser les familles et de faire le lien entre la communauté et les centres de santé. Chaque jour, je vois que les vaccins sauvent des vies, mais que tout le monde n’y a pas accès et ne les accepte pas toujours.
Mon histoire porte sur les campagnes de vaccination contre les maladies évitables par la vaccination dans plusieurs quartiers de Niamey. Elle parle de désinformation, de peur, de résistance… mais aussi de dialogue, de confiance et de réussite collective. Dans un contexte où les rumeurs circulent rapidement, le rôle de l’agent de santé communautaire devient essentiel. Nous ne sommes pas seulement des mobilisateurs ; nous sommes des médiateurs entre le système de santé et la population.Cette histoire est importante parce qu’elle montre que la vaccination ne dépend pas uniquement des doses disponibles, mais surtout de la confiance et de l’acceptation.
L’expérience, faire face à la réticence et à la désinformation.
Lors d’une campagne récente de vaccination, notre équipe devait mobiliser les familles pour la vaccination des enfants contre plusieurs maladies . Sur le terrain, nous avons rapidement constaté une forte hésitation dans certains ménages.
Certaines familles refusaient d’ouvrir leurs portes. D’autres affirmaient que les vaccins rendaient les enfants malades ou stériles. Ces rumeurs circulaient sur les réseaux sociaux et dans les discussions de quartier. Dans certains cas, des parents avaient peur d’effets secondaires mal compris.
Le défi n’était pas seulement logistique. Oui, il y avait un manque de moyens, peu de supports de communication, déplacements difficiles, forte chaleur. Mais le plus grand obstacle était la méfiance.
Je me souviens d’une mère qui refusait catégoriquement de faire vacciner son enfant. Elle disait avoir entendu que le vaccin rendait les enfants malades . Elle parlait avec inquiétude, mais aussi avec conviction. Ce moment m’a rappelé que derrière chaque refus, il y a souvent une peur légitime.
Nous avons compris qu’il était important de prendre le temps d’écouter les familles plutôt que de chercher à les convaincre par la force. J’ai donc choisi de me rapprocher d’elles et de privilégier le dialogue pour mieux comprendre leurs inquiétudes.
Au lieu de multiplier les messages généraux, j’ai commencé à organiser des discussions en petits groupes, parfois devant les maisons, parfois avec des leaders communautaires. J’ai pris le temps d’expliquer comment fonctionnent les vaccins, pourquoi ils sont importants et quels sont les effets secondaires normaux.
J’ai aussi collaboré étroitement avec le centre de santé communautaire de la zone. Les infirmiers nous ont appuyés avec des explications techniques claires, et nous avons orienté les parents hésitants vers eux pour poser leurs questions directement.

Le soutien des chefs de quartier et de certains leaders religieux a été déterminant. Lorsqu’ils ont publiquement encouragé la vaccination, cela a rassuré beaucoup de familles.
En tant qu’agent de santé communautaire et relais, (Au Niger, les relais communautaires travaillent à temps partiel et sur une base volontaire, directement auprès des ménages, et reçoivent des incitations ou des indemnités liées aux activités réalisées. Les agents de santé communautaire sont des professionnels employés à temps plein et rémunérés, qui travaillent dans les postes de santé) ma force résidait dans la confiance déjà construite avec la population. Je parle leur langue. Je comprends leurs préoccupations. Je vis dans le même environnement. Cette proximité a permis d’ouvrir des portes qui étaient initialement fermées.
Progressivement, nous avons observé un changement. Les familles qui hésitaient sont revenues vers nous pour demander davantage d’informations. Certaines mères qui avaient refusé au départ ont finalement accepté la vaccination après plusieurs échanges.
Le taux de participation à la campagne a augmenté dans les quartiers où le dialogue avait été renforcé. Mais au-delà des chiffres, le plus grand impact a été la restauration de la confiance.

Cette expérience m’a appris que la désinformation ne se combat pas par la confrontation, mais par l’écoute. Elle m’a aussi montré que les agents de santé communautaires jouent un rôle clé dans la lutte contre les maladies infectieuses. Nous sommes souvent le premier contact entre le système de santé et la population.
J’ai compris que la vaccination n’est pas seulement un acte médical ; c’est un acte social qui repose sur la crédibilité et la relation humaine
Aux décideurs et aux partenaires de santé, je voudrais dire que soutenir les agents de santé communautaire, c’est aussi renforcer la prévention des maladies dans nos communautés.
Nous avons besoin:
- De formations continues pour mieux répondre aux rumeurs et aux nouvelles formes de désinformation
- De supports de communication adaptés aux réalités locales
- D’un appui logistique suffisant
- D’une reconnaissance claire de notre rôle dans le système de santé
Les campagnes de vaccination réussissent lorsque la communauté se sent respectée et écoutée. Les agents de santé communautaires sont au cœur de cette relation.
Je garde l’espoir qu’à l’avenir, la collaboration entre les centres de santé et les communautés sera encore plus forte. Les maladies infectieuses ne disparaissent pas seules ; elles reculent lorsque la prévention est collective.
Mon engagement reste le même : continuer à informer, à rassurer et à accompagner les familles. La santé publique commence dans les quartiers, dans les maisons, dans les conversations simples.
Si nous voulons améliorer durablement la couverture vaccinale, nous devons investir dans la proximité, la formation et la confiance.
Car au final, vacciner un enfant, c’est protéger toute une communauté.
